Noé, capitaine abandonné

Russell Crowe est Noé, un homme promis à un destin exceptionnel alors qu’un déluge apocalyptique va détruire le monde. La fin du monde… n’est que le commencement.

Noah

Noé

Darren Aronofsky est considéré, à juste titre, comme l’un des plus grands cinéastes de son temps. Auteur de seulement 6 films en 16 ans, il ausculte dans chacune de ses œuvres la foi et les doutes de ses personnages. Qu’il explore les affres de la drogue (Requiem for a dream), la quête de l’Amour intemporel (The Fountain), la renaissance sociale par le catch (The Wrestler) ou le monde impitoyable de la danse classique (Black Swan), le réalisateur questionne la frontière entre la folie et l’accomplissement par le dépassement de soi.

A ce titre, Noé s’inscrit de façon très naturelle dans la filmographie de son auteur. Russell Crowe incarne un homme guidé par une foi qui n’en est pas vraiment une, puisque son grand-père, Mathusalem (Anthony Hopkins, impérial) était un contemporain d’Adam et Eve. Chargé par le Créateur de bâtir une Arche qui sauvera les innocents du Monde (les animaux), il sait que l’Humanité, qui s’est fourvoyée en détruisant la Nature, ne survivra pas au déluge annoncé.

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Les animaux sont victimes de CGI pas terribles, mais bon

Seulement, il sera confronté au doute lorsqu’il se retrouvera seul, avec sa famille, dans le cube de bois qui renferme les dernières formes de vie du monde. A-t-il bien saisi les intentions du Créateur ? Jusqu’où doit-il aller pour appliquer Sa volonté ? On retrouve là les thématiques d’Aronofsky, le gouffre de la folie n’étant jamais très loin et la famille  représentant à la fois l’élément moteur et destructeur du personnage principal.

Noé marque pourtant une nouvelle étape dans la filmographie du metteur en scène par les moyens dont il a pu disposer pour le réaliser. Alors que The Fountain avait été freiné dans ses ambitions par des problèmes de budget récurrents, il bénéficie ici d’une confortable mise de départ de 125 millions de dollars. S’attaquant à la plus vieille histoire de l’humanité, le réalisateur, athée affirmé, fait des choix tant sur le fond que sur la forme qui laisserons de nombreux spectateurs sur le carreau.

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Russell Crowe est un Noé plongé dans le doute

Noé montre dans sa première partie un monde fantastique aride et décadent où s’affrontent deux visions de l’humanité, en gros les défenseurs de l’ordre naturel (les écologistes avant l’heure), et ceux qui placent l’Homme, ses ambitions et sa capacité à dompter la nature (donc à la détruire) au centre de tout. On retrouve d’ailleurs dans cette analogie les mêmes mécanismes qu’avaient utilisés J.R.R Tolkien et Peter Jackson pour illustrer la lutte entre les Ents (dont s’inspirent clairement les Veilleurs dans ce film) et les usines infernales de Saroumane dans le Seigneur des Anneaux. Nature contre industrie, harmonie contre violence, Homme contre Dieu, le film a de l’ambition. Les images sont superbes, et le monde que l’on nous montre pourrait tout autant exister dans un futur post-apocalyptique (on ne peut s’empêcher de penser à Mad Max 2 ou à La Route).

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Jenniffer Connelly, belle depuis 35 ans

Russell Crowe porte sur ses solides épaules le poids d’un monde à refaire, et vacille lorsqu’il doit faire un choix cornélien entre sa famille et son Dieu. L’acteur australien est probablement l’un des meilleurs choix qu’Aronofsky aurait pu faire, tant il impose son physique, ses doutes, sa compassion à un personnage complexe et torturé. Autour de lui gravitent femmes et enfants, incarnés avec un talent inégal  (Douglas Booth et Leo McHugh Carroll convainquent moyennement) par un casting audacieux.

Jennifer Connelly n’hérite pas du rôle aux enjeux les plus passionnants, mais sa plastique parfaite lui octroi tous les pardons. Ce sont surtout Logan Lerman et Emma Watson, déjà tous les deux admirables dans l’excellent Monde de Charlie qui nous prouvent une fois de plus qu’ils seront des acteurs sur qui il faudra compter demain.

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Emma Watson, une future grande

Il y a encore beaucoup de choses à dire sur ce film mêlant darwinisme (les très intéressantes séquences clipées montrant que l’histoire de Noé est au final universelle) et religion, bien que cette dimension soit à grandement relativiser, Aronofsky s’étant approprié complètement les grandes lignes de l’histoire d’origine (4 paragraphes dans la Bible) pour y injecter ses obsessions de cinéma. Le Mal et le Bien, l’écologie, l’obscurantisme religieux ou encore l’héritage et la transmission des valeurs, Noé aborde une constellation de thématiques fortes. Nous sommes donc loin du blockbuster que laisse entendre la bande-annonce : si les images sont parfois très impressionnantes, le fond reste profondément métaphysique. Un film Hollywoodien intelligent et qui fait réfléchir, voilà une excellente raison de s’embarquer dans l’aventure de Noé.

Noé
De Darren Aronofsky
Avec Russell Crowe, Jennifer Connelly, Emma Watson, Logan Lerman, Anthony Hopkins
Sortie le 9 avril 2014
Distribué par Paramount Pictures France

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