47 Ronin, l’echec pas si raté

Un perfide seigneur de guerre ayant tué leur maître et banni leur tribu, 47 samouraïs errants jurent de se venger et de restaurer l’honneur de leurs compatriotes. Arrachés à leurs foyers et perdus aux quatre coins des terres connues, cette poignée de rebelles se voit contrainte de recourir à l’aide de Kai – un demi sang qu’ils avaient jadis renié – lors de leur combat à travers un univers violent, peuplé de monstres mythologiques, de métamorphoses maléfiques et d’effroyables dangers. Cet exil sera l’occasion pour cet esclave rejeté de se révéler leur arme la plus redoutable, et de devenir la figure héroïque qui donnera à cette troupe d’insoumis l’énergie de marquer à jamais l’éternité.

47 Ronin

L’affiche du film, avec le type tatoué en zombie, mais qu’on ne voit que 5 secondes dans le film

47 Ronin est l’adaptation au cinéma d’un fait historique japonais extrêmement célèbre passé dans la légende, et qui a été porté à l’écran une multitude de fois, la première au début du 20e siècle, la dernière par John Frankenheimer, en 1998. Prônant des valeurs universelle (l’honneur, le sacrifice, la justice), l’histoire avait un potentiel énorme, à côté duquel ne sont pas passé les pontes d’Universal. Il faut d’ailleurs saluer le courage du studio, qui a osé confier un projet aussi lourd à un débutant, Carl Rinsch, réalisateur à l’univers visuel riche qui a fait ses armes dans la publicité, avant d’impressionner le tout-Hollywood avec son premier court-métrage, Le Cadeau, en 2010.

47 Ronin

La légende des 47 Ronin, basée sur une histoire vraie

Les intentions de départ sont louables, mais, cela ne suffit pas. En termes de production, le film a été une catastrophe. A la base, l’idée était de faire de cette légende nippone une histoire universelle (d’où la présence de Keanu Reeves, le seul acteur occidental du film), tout en conservant l’esthétique, le rythme et la narration d’une fresque légendaire. Des divergence de point de vue entre Rinsch et le studio ont mené à de nombreuses réécritures du scénario, le tout a été passé à la 3D (ce qui n’était pas prévu au départ), des scènes ont dû être retournées, le montage a été chaotique.. Résultat : le film, qui devait à l’origine sortir en 2012, a été reporté plusieurs fois, ce qui n’est jamais bon signe. Doté d’un budget faramineux de 175 millions de dollars, c’est une four au box-office, tant aux Etats-Unis (38 millions de recettes, probablement à peine de quoi rembourser le salaire de Keanu Reeves) qu’au Japon, où pourtant le casting, (presque) entièrement nippon, promettait un minimum de succès. Pour autant, nous sommes loin du désastre cinématographique annoncée.

Certes, les défauts sont visibles. A la base prévu en japonais, le tournage s’est finalement terminé en anglais, obligeant certains acteurs, qui ne parlent pas la langue de Shakespeare, à apprendre leur texte phonétiquement. Cela se voit, leur accent est affreux, et, malgré les efforts fournis, ont voit bien que la moitié d’entre eux ne pigent rien à ce qui se passe. Le scénario est la victime des montages et prises de vues successives (certains rôles ont tout bonnement disparus de l’histoire, attendez la version longue !), provoquant de longues scènes de dialogues un peu ridicules et des demi-heures entières sans action, pas vraiment aidée par un jeu des acteurs parfois outrancieux, marque de fabrique du cinéma japonais qui, ici, fait parfois tâche. Les personnages sont, pour certains, caricaturaux, et une partie du public lâchera l’affaire dès le premier quart d’heure.

47 Ronin

Des décors sublimes, une photographie très maitrisée

Et pourtant, il se dégage de 47 Ronin une atmosphère particulièrement prenante. Coincé entre le bulldozer historico-actionner américain de base et la fresque légendaire respectant la tradition japonaise, Rinsch commet des erreurs, mais nous offre des séquences esthétiquement bluffantes et des scènes d’action particulièrement réussies. Les décors sont sublimes, les costumes impressionnants (on sait où le budget est passé), que des images particulièrement travaillées mettent en valeurs. Les effets spéciaux sont tout à fait respectables, et bien moins présents que ce que nous promettait la bande-annonce, calibrée pour un public mainstream de base. Keanu Reeves reste toujours aussi expressif qu’à son habitude (c’est à dire pas du tout),mais le casting fonctionne, grâce surtout aux impressionnants acteurs japonais qui, bien que pris dans la tempête entre le studio et le réalisateur, parviennent pour la majorité à mener leur barque avec classe.

47 Ronin

Les scènes d’actions, bien que trop peu nombreuses, sont très réussies

On aurait aimé un film plus dense, mieux ficelé, et qui surtout aurait fait le choix entre son destin de blockbuster mondial et l’illustration d’un conte japonais passionnant. La catastrophe annoncée n’a pas lieu, et les scènes de sabre sont là pour le montrer, notamment la dernière particulièrement maîtrisée. Un objet curieux donc, dont on regrettera surtout le potentiel inexploité, qui ne surgit que trop fugacement lors des meilleures séquences du film.

47 Ronin
De Carl Erik Rinsch
Avec Keanu Reeves, Hiroyuki Sanada, Kô Shibasaki, Tadanobu Asano, Rinko Kikuchi
Sortie le 2 avril 2014
Distribué par Universal Pictures

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3 réflexions sur “47 Ronin, l’echec pas si raté

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