Pourquoi La Vie d’Adèle doit dominer les César 2014

Dans le cadre de la cérémonie des César 2014, Cinemoustache revient sur les principaux films en compétition, et vous fait partager son palmarès. Retrouvez notre palmarès sur notre page Facebook et faîtes le votre vous même par ici !

Cette année les Césars compteront parmi les films en lice une Palme d’Or qui a fait scandale, ce qui n’était pas arrivé depuis 1987 et Sous le Soleil de Satan, de Maurice Pialat. AmourLe Pianiste qui a dominé les César, les Oscars et les Bafta en 2003 et Entre les murs, Palme d’or française en 2008, n’avaient pas particulièrement prêté à la discussion.

La Vie d'Adèle

J’ai eu le privilège de découvrir ce film en mai 2013, au Festival de Cannes, avant donc que l’immense qualité du film soit reconnue par le jury de Steven Spielberg, et bien avant toutes les polémiques qui ont accompagné la sortie du film.
Ma chance a probablement été de débarquer à la projection en ne sachant absolument rien du film, sinon qu’il était réalisé par Abdellatif Kechiche, dont je n’avais alors vu aucun film. Et qu’il durait trois heures, ce qui est problématique lorsque l’on court les projections au festival.

J’ai donc pris en pleine face ce film, sans aucun apriori, ni sur le réalisateur que je découvrais, ni sur les actrices, que je ne connaissais pas, ou très peu (j’avais dû croiser Léa Seydoux dans Mission Impossible 4, tout au plus). A la sortie de la salle Louis Lumière, il était évident que La Vie d’Adèle survolait la compétition, comme je l’avais d’ailleurs écrit à l’époque.

La Vie d'Adèle

Depuis, j’ai vu la majorité des films en lice pour les César, et je voudrais vous faire partager, pour moi, de la Vie d’Adèle l’indiscutable vainqueur de la compétition.

Il faut dépasser la polémique.

Dès l’obtention de la Palme (et même un peu avant), La Vie d’Adèle a été un aimant à scandales. Colère des techniciens, maltraités par un réalisateur torturé, plainte des actrices à propos de scènes de nues dont le tournage durait plusieurs heures, justifications sans fin du réalisateur, qui en a presque renié son film.. La couverture dans les médias de ces débats sans cesse relancés a pratiquement occulté l’œuvre en elle-même. Si on ne peut nier la caractère légitime de certains des points contestés, il est par contre injuste que le regard du spectateur sur ce chef-d’œuvre en pâtisse.

La Vie d'Adèle

Heureusement, le public (peut-être d’ailleurs poussé par la curiosité provoquée par cet exposition) n’a pas boudé le film,  qui a dépassé le million d’entrée, exploit pour un film si long et traitant d’un sujet aussi sérieux. En faisant même le long métrage le plus rentable de l’année 2013 !  Succès que certains ont voulu voir comme un nouveau scandale, puisque le producteur de cette Palme d’Or n’est autre que Vincent Maraval, qui avait signé l’édito du Monde en décembre 2013 critiquant l’économie du cinéma Français, et avait déclenché une crise dans le milieu très select du 7e Art.

Le film est un chef d’oeuvre

Partout où il est passé, le film a déclenché des critiques dithyrambiques. Certes, on peut lui trouver certains défauts, mais pour l’avoir vécu, ce film vous transporte du début à la fin, vous plongeant au coeur d’une relation amoureuse dans tout ce qu’elle a de plus beau, de plus passionnelle, mais aussi de plus lâche et de plus déchirant. Rarement au cinéma l’émotion aura autant été à fleur de peau, et même sans la Palme pour appuyer son caractère exceptionnel, la Vie d’Adèle écrase les autres films nominés.

Isabelle Adjani pour les césar 2014

Isabelle Adjani pour les #César2014

Deux actrices au summum de leur art.

Il semblerait qu’une drôle de règle de l’Académie ait empêché Adèle Exarchopoulos de concourir pour le César de la Meilleure Actrice (en gros, pour éviter le cas Tahar Rahim, qui avait remporté les César du Meilleur Espoir Masculin et du Meilleur Acteur la même année pour Un Prophète, l’Académie a changé la règle de ses votes, ne permettant plus qu’une seule nomination par personne pour le même rôle.) C’est bien triste, et bien dommage pour une jeune comédienne qui vous retourne l’estomac, par la vérité, la joie et la douleur qu’elle parvient à vous communiquer dans ce rôle d’une vie. L’avantage, c’est que l’on ne voit pas qui pourrait lui tenir tête chez les  autres nominées de la catégorie.

La Vie d'Adèle

Avec une interprétation tout aussi intense, Léa Seydoux écrase elle aussi ses concurrentes pour le prix d’interprétation féminine, catégorie dans laquelle elle concourt. Victime d’un Seydoux-Bashing, déclenchée à la fois par un mauvais timing de sa présence dans les médias et quelques maladroites déclarations sur le fait qu’elle n’a jamais profité de son nom pour réussir, alors que la famille Seydoux domine depuis presque 10 ans le monde de la production du cinéma Français (Papy Jérôme est le boss de Pathé, Grand-Tonton Nicolas de Gaumont, et Grand-Oncle Michel a produit quelques petits films, dont Cyrano de Bergerac et le meilleur film jamais réalisé) (Dune). Ce serait une grave erreur de confondre favoritisme et talent, bien que l’un ne gâche pas forcément l’autre, et si nous les Français avons du mal à accepter les dynasties du 7e Art (c’est moins le cas aux Etats-Unis, cf les Douglas, Barrymore, et consorts), il faut regarder la vérité en face : Léa Seydoux est une immense actrice. Wes Anderson, Woody Allen, Raoul Ruiz ou Vanity Fair ne s’y sont pas trompés, il serait scandaleux que les votants des César le soient.

Un réalisateur torturé mais brillant

Steven Spielberg l’a dit lorsqu’il a remis la Palme d’Or à Abdellatif Kechiche, c’est bien un réalisateur et ses deux actrices qu’il la voulu récompenser. Si le film n’est rien sans elles, elles doivent tout à leur metteur en scène Au-delà des polémiques, c’est bien parce qu’Abdellatif Kechiche était aux manettes du film que celui-ci nous touche aussi puissamment. Tout en réussissant à sublimer ses interprètes féminines (c’était déjà le cas avec Sara Forestier et Hafsia Herzi dans L’Esquive et La Graine et le Mulet), il donne au sentiments une puissance émotionnelle rare. En scrutant l’intime, jusqu’à parfois gêner le spectateur, il est le véritable artiste-peintre du film .
Quant à ses méthodes de travail parfois abusives (c’est en tous cas ce que l’on en dit ), si elle sont avérées, il ne sera pas le premier cinéaste à bénéficier d’une réputation sulfureusePialat, Kinski, Polanski, Hitchcock, et même Cameron traînent tous derrière eux de bruyantes casseroles. C’est parfois le prix Faustien à payer pour le génie de la mise en scène. Quoiqu’il en soit, c’est bien leur talent et non leur personnalité que les réalisateurs sont nominés, et il est indiscutable qu’Abdellatif Kechiche en possède une marmite pleine.

La Vie d'Adèle

La technique au service de l’émotion

Si la bataille semble plus rude dans les catégories Meilleur Son, Meilleure Photo et Meilleur montage, La Vie d’Adèle y a toutefois une carte à jouer. Car d’un point de vue de mise en scène, ces trois domaines sont tous essentiels au film. Partant d’un matériau de plusieurs dizaines d’heure, Kechiche a réalisé un travail de fourmi en sélectionnant LE plan qu’il fallait pour faire jaillir l’émotion. Imaginez la tâche de titan à faire pour un film qui dure 175 minutes !

La Vie d'Adèle

De même, capter les regards, les souffles, les murmures, mettre en valeur une mèche de cheveux traversée par la lumière du soleil ou donner une atmosphère presque féérique à une soirée entre amis dans un jardin, tout cela est à mettre au crédit de l’équipe technique du réalisateur. Un film est un tout, il semblerait donc logique de distinguer l’ensemble des artisans de cette réussite.

Si le principe même d’une compétition pour un prix laisse forcément des performances de côté, il serait fort dommage que l’Académie des César, constituée des professionnels de la profession, se laisse influencer par les scandales qui ont émaillés la réputation du réalisateur, de ses interprètes et donc du film. A voir les premiers retours de mesure de « buzz », un outils mis en place par Canal+, La Vie D’Adèle mène la course dans les catégories principales. Si, réellement, on cherche à récompenser une œuvre pour sa  qualité à l’écran, le film se doit de faire un carton quasi-plein le 28 février, lorsque seront remis les prix. En tous cas pour Cinemoustache, le choix est fait.

La-vie-d-Adele-du-Franco-tunisien-Abdellatif-Kechiche-a-remporte-dimanche-la-Palme-d-or-du-66e-festival-de-Cannes_scalewidth_630

Cérémonie des Césars du Cinéma 2014
Le 28 février en direct et en clair sur Canal +
Présenté par Cécile de France
Pronostics et mesure de popularité des films à retrouver sur les sites dédiés.

Publicités

Une réflexion sur “Pourquoi La Vie d’Adèle doit dominer les César 2014

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s