Le Transperceneige, le dernier train venu de Corée

Apres un cataclysme climatique, l’espèce humaine se résume aux passagers d’un train, lancé pour toujours dans une course sans fin autour du monde. Dans cette arche, ceux de la premières classe, à l’avant du train, vivent dans le luxe et le confort, tandis que les secondes classes tentent de survivre, entassé en queue de convoi. Mais la révolte gronde..

snowpiercer french poster

L’affiche du film, sublime

On doit au réalisateur coréen Bong Joon Ho les films Mother, Memories of Murder et surtout The Host (dont une suite est d’ailleurs en chantier). Lors du tournage de ce dernier, en 2005, il tombe chez son libraire habituel (bien inspiré !) la trilogie bande-dessinée de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette. Cette dernière (publiée en 1984, 1999 et 2000) nous narre un sombre futur, où les derniers survivants de l’humanité errent dans un train qui roule sans s’arrêter depuis des années. Une ambiance dépressive, aride, lourde de crasse et du noir et blanc des traits pèse sur les trois tomes.

Transperceneige / Snowpiercer comics

L’extrait d’une planche de la BD

Bong Joon-ho a fait le pari fort risqué d’adapter une oeuvre qui pose deux problèmes principaux. Le premier, c’est le postulat de départ : il est difficilement concevable que l’Homme ait pu survivre dans un train, aussi moderne soit-il, pendant plusieurs années. Le second tient au format : illustrer une histoire qui se déroule uniquement dans des wagons, le défi est somme toute atteignable. Le mettre en images mouvantes, dans un film qui laisse une grande place à l’action, c’est autre chose lorsque les lieux se résument tous à des wagons de 4 mètres de large.

Un scénario impressionnant

Là où la BD restait très avare d’explications dans l’origine du cataclysme, le Coréen choisit d’être plus précis, dans une intro claire et plutôt maligne. Si le scénario diffère assez largement avec les péripéties d’origine, Bong Joon-Ho tisse un récit à plusieurs dimensions (le destin du personnage principale, un Chris Evans sombre et habité), celui des personnages qui l’accompagnent (Jamie BellSong Kang-Ho, l’acteur favori du réalisateur et de son compatriote Park Chan-Wook, les oscarisés Octavia Spencer, John Hurt, et Ed Harris ou la très perturbante Tilda Swinton ), mais aussi le destin du train entier, et donc de l’Humanité tout entière. Récit social, politique, philosophique même, on n’avait pas fait aussi ambitieux dans les thèmes abordés dans un blockbuster depuis The Dark Knight.

Snowpiercer movie

Les décors du film ont fait l’objet d’un travail particulièrement soigné et réaliste.

Piège à grande vitesse

Bong Joon Ho est un réalisateur dont le génie est de réussir à mélanger les genres, à mener de front à la fois un récit intime et spectaculaire, le parsemant d’un humour auquel nous, public occidental, ne sommes pas habitués. Le résultat est d’une originalité folle, même si c’est la noirceur du récit, des décors, sublimes, et le jusqu’au-boutisme des personnages qui marque le plus. Pourtant, les scènes d’actions sont virtuoses, bardées d’idées simples mais efficaces : jeu sur la lumière, sur la configuration des wagons. On en prend pour son grade.

Le seul défaut du film tient à sa fin. Alors que la complexité des intrigues promet un final renversant, celui-ci s’avère bavard, trop long et au final décevant. Notre politique anti-spoilers ne nous permet pas d’approfondir ce point, mais les commentaires de l’article vous permettront d’y réagir une fois le film vu !

Le Transperceneige est un film multiple : production Franco-Américano-Coréenne, tournée en République Tchèque avec un casting international, il est l’adaptation à l’écran d’une BD française, mais est construit comme un jeu vidéo (chaque nouveau niveau amène un nouveau décor, et un nouveau défi). Bong Joon-Ho passe le cap du blockbuster international avec grand classe en signant l’un des meilleurs films de l’année, mieux que son compatriote Kim Jee-woon, responsable du Dernier Rampart, la daube sensée relancer la carrière de Schwarzenegger sur grand écran. On attend avec impatience le prochain film du réalisateur, qui confirme sa capacité à extraire le meilleur des genres qu’il explore.

Le Transperceneige, 
De Bong Joon-Ho
Avec Chris Evans, Ed Harris, John Hurt, Octavia Spencer, Tilda Swinton, Song Kang-Ho, Jamie Bell
Sortie le 30 octobre 2013
Distribué par Wild Side Films / Le Pacte

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2 réflexions sur “Le Transperceneige, le dernier train venu de Corée

  1. Une fin il est vrai quelque peu décevante, mais un film de toute beauté qui en vaut le détour! De l’action, dans ce thriller original, où le scénario est à saluer en premier, puis les performances des acteurs très convaincants, même si je m’attendai à plus impressionnant de la part du grand méchant.
    Bravo à la Corée du sud qui nous montre qu’ils sont très très doués en matière de cinéma, mais ça, ça ne date pas d’hier!
    Déçu que le film n’est pas bénéficié de beaucoup de promo, car il en vaut la peine. Je l’ai découvert par hasard en allant au cinéma sans savoir ce que j’allais y regarder! Alors n’hésitez pas à voir ce film!

    • C’est difficile de faire la promo d’un tel film, même si le réalisateur a fait d’excellents films auparavant, il est Coréen, ce qui lui donne moins de possibilité de s’exprimer. Après le casting reste international. On en a tout de même un peu entendu parler, mais il est vrai pas autant qu’il l’aurait mérité !

  2. Ping: Only Lovers Left Alive, le spleen des vampires | cinemoustache

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