Malavita, le « film tout pourri » qui s’assume.

Fred Blake alias Giovanni Manzoni, repenti de la mafia new-yorkaise sous protection du FBI, s’installe avec sa famille dans un petit village de Normandie.
Malgré d’incontestables efforts d’intégration, les bonnes vieilles habitudes vont vite reprendre le dessus quand il s’agira de régler les petits soucis du quotidien…

Malavita POster

Affiche du Film

Partons du principe que Malavita est un film tout pourri. Je n’ai pas particulièrement de grief contre Luc Besson : je suis de la génération de ceux qui ont pris Léon et le 5e Elément en plein poire à l’entrée de l’adolescence, et ce qu’il fait avec sa société de production ne regarde que lui et les gens qui dépensent de l’argent pour aller voir ses films. J’avoue que j’ai trouvé ses dernières réalisations (Angel-A, la série des Arthurs et les Minimoys, The Lady) pas terribles, voire franchement mauvaises, mais bon, ça ne sera pas le premier à faire un mauvais film pour des raisons commerciales.

Un film tout pourri

Notre postulat de dire que Malavita est tout pourri nous permet déjà de nous libérer de toute envie de défendre les hénaurmes incohérences du script, qui sont d’ailleurs probablement volontaires. Lâchons-nous et citons-en quelques unes.

Malavita MOvie

Le fiston, qui tire son épingle du jeu

Parce qu’il destine son film au marché américain avant tout, Besson trouve très rigolo de montrer qu’en Normandie tout le monde parle anglais. Très rigolo ce le serait en effet s’il ne s’abaissait pas à dresser du petit peuple Français un portrait caricatural dépassé, qui présente il est vrai l’avantage d’être plus facilement digérable par un grand public du fin fond du Midwest (qui n’a probablement pas encore assimilé notre refus d’envahir l’Irak, et qui ne mange plus de French Fries depuis des années), qui se dit « Là d’accord, si c’est pour voir des Français bavards, hypocrites, vénaux, radins et magouilleur, ok on veut bien dépenser 15$ de tickets. » Chacun son style.

Malavita

Une Américaine en Normandie

Parce que Besson veut aussi que l’on repère immédiatement les « aspérités » de ses personnages, pour pouvoir plus rapidement s’y agripper dans l’action / la comédie. Il ne s’encombre donc pas et sort deux ou trois clichés de sa poche (ou des armoires prévues à cet effet dans ses bureaux d’Europacorp, on ne sait pas vraiment où il cache son inspiration), et en fait des seconds rôles : la-jeune-fille-en-fleur-aux-pulsions-romantiques que même Plus Belles La Vie n’aurait pas osé le faire. (Dianna Agron, l’une des stars de Glee), son petit frère le type-qui-n’a-pas-d’amis-mais-t’analyse-les-forces-en-présence-du-lycée-pour-pouvoir-en-tirer-profit (oui, on va dire que c’est un cliché récurrent, ici joué par John D’léo, qui tire son épingle du jeu), ou encore un-prof-de-math-brun-ténébreux-mais-qui-n’est-qu’un-salaud-avec–les-femmes (ah oui, du coup, les français sont aussi de gros pervers qui n’hésitent à pas, le premier jour d’école, à emmener les petites nouvelles du lycée jouer à touche-pipi au bord de l’eau).

La liste est encore longue : des dialogues parfois sans queue ni tête, des raccourcis en veux-tu en voilà, des scènes dont on ne comprend pas toujours le sens, ni l’intérêt.. bref, comme on vous dit,  Malavita est un film tout pourri.

Bob, Michelle et Tommy

Seulement, voilà, ce serait oublier le casting et sa grande décontraction. Car Besson est très loin d’être un imbécile : si Europacorp fait des films vite-fait à la chaîne (parfois avec talent, comme pour Taken, parfois non), il sait très bien s’entourer. Et c’est dire que Malavita a des parrains prestigieux : le film est adapté d’un livre du très bon Tonino Benaquista, Martin Scorsese produit, et Robert de Niro, Tommy Lee Jones et Michelle Pfeiffer ont dit oui pour les rôles principaux.

Malavita photo de famille

The Malavita Family

Et voir des acteurs de ce calibre aux prises avec les petits tracas du quotidien dans un petit village de notre pays, il faut avouer que l’on ne crache pas sur le plaisir coupable. Si Catwoman et l’agent K laissent dérouler leur jeu sans faire vraiment d’étincelles (ce qui, à leur niveau et dans un film comme celui-là équivaut au jeu d’un Mitchum ou d’une Grace Kelly), De Niro s’amuse comme un petit fou.

Son personnage est plus ou moins celui que jouait Ray Liotta dans Les Affranchis (la référence est explicite dans le film), et reste sujet à des excès de colère et de violence plutôt drôles. Même si Besson, avec sa subtilité habituelle, parvient presque à nous gâcher le plaisir en surlignant l’hommage au film de Scorsese, avec une scène de projection de ciné-club franchement ridicule, on ne peut au final que prendre plaisir à voir De Niro se jouer de lui-même avec autant de fraicheur.

Le film repose sur lui et sur les trois membres de sa famille, dont l’alchimie marche juste ce qu’il faut pour que l’on y croit. Surtout que Besson a la bonne idée de se jouer des caricatures qu’il impose, en doublant les clichés des personnages secondaires évoqués plus tôt d’une touche de folie certes pas franchement originale, mais plutôt efficace : la soeur est en fait sujette à des accès de colère et de violence incontrôlées (tant pis pour les français pervers), le fiston se sent investi du poids de l’héritage de son père, et se sent obligé de suivre le chemin tracé par ce dernier.

Bref, Malavita est un film tout pourri, si l’on s’en tient aux critères classiques des films : un intrigue solide, des personnages fouillés, des scènes travaillées, le tout devant être original, le film n’étant rien de tout ça. Seulement, si on plonge ici tête la première dans les clichés, c’est à la suite  d’un De Niro décomplexé, trop content de pouvoir se jouer une fois de plus, après Mafia Blues, de son personnage de mafieux Italien. Surtout, l’enjeu du film estr ailleurs, justement dans le double jeu sur ces clichés et ces figures imposées. On rit franchement, entre deux soupir de désolation. A voir un dimanche soir, après un week end épuisant, le cerveau posé sur le siège d’à-côté.

MALAVITA
De Luc Besson
Avec Robert de Niro, Michelle Pfeiffer, Tommy Lee Jones
Sortie le 23 Octobre 2013
Distribué par Europacorp

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s