Concert de Sixto Rodriguez, I’m Still Searching for Sugar Man

Lundi soir nous avons assisté au concert évènement de Sixto Rodriguez, musicien légendaire, objet principal du documentaire oscarisé Searching For Sugar Man, de l’Algéro-Suédois Malik Bendjelloul. Auréolé de l’aura presque mythique qui l’entoure depuis le grand succès en salle de cet excellent film, le musicien nous faisait l’honneur, à 71 ans et alors qu’il est presque aveugle, de s’arrêter à Paris dans la tournée mondiale qu’il a entamé après son retour inespéré sur le devant de la scène. Avis sur le concert qu’il a donné lundi 3 juin au Zénith.

Sugar Man concert paris

Sixto Rodriguez en concert au Zenith de Paris

A la recherche de l’homme sucré

Searching for Sugar Man est un docu dont vous n’avez pas pu ne pas entendre parler cette année. Sorti en France le 12 décembre 2012, le film est toujours à l’affiche, connaissant un succès, dû au bouche à oreille, phénoménal (112 000 spectateurs à ce jour en France). Succès qui a été entretenu par sa victoire de l’Oscar du Meilleur Documentaire à la cérémonie de cette année.

Searching for Sugar Man concert paris

L’affiche du documentaire

Le film est une enquête sur le personnage de Sixto Rodriguez, un musicien et un auteur méconnu, qui a sorti coup sur coup deux albums magnifiques dans les années 60. Mais le succès n’est pas au rendez-vous, et le guitariste retourne travailler sur ses chantiers, dans sa région natale de Detroit. Seulement, sans qu’il n’en sache rien, ses oeuvres rencontrent dans les années 90 un destin inattendue : elles deviennent l’hymne d’une génération entière, celle de la jeunesse Antiapartheid en Afrique du Sud. Des dizaines de milliers d’albums s’écoulent, sans que l’artiste n’en sache rien. Il faudra une succession de hasards pour que des journalistes Sud-Africains le retrouvent, eux qui le pensaient mort, suicidé sur scène ou disparu dans des circonstances rocambolesques. Et finissent par le faire venir pour une série de concert, devant un public médusé de voir ressurgir leur idole d’entre les morts.

Surfer sur un succès

sugar man concert paris

Sixto avant…

Le film sort donc, il rencontre son public, qui redécouvre par la même occasion un artiste aux textes fins, aux musiques fouillées et à la voix douce, sans compter l’aura quasi-mystique d’un Sixto Rodriguez serein comme un pape. Ses albums ressortent, en rencontrent enfin le succès. On entend petit à petit parler d’une tournée, qui est lancée dans la foulée de la victoire aux Oscars. Mais l’artiste peut-il renverser son public, maintenant qu’il a plus de soixante-dix ans, que sa voix chevrote, et que, quasi-aveugle, il n’as plus la guitare très sure? Nous sommes parti vérifier tout ça au Zenith de Paris, lundi 3 juin.

On arrive donc sur place, et à 20h30 (les portes s’ouvraient à 19h30) un Sixto porté par deux assistants est amené devant le micro. Il met ses lunettes, son chapeau qui lui recouvre les yeux (pas grave me direz-vous), et entame, après avoir salué vaguement le public, ses chansons.

Sugar Man, le mythe au bout du roul’

Sixto maintenant

Sixto Maintenant (merci à notre photographe exceptionnel)

Et bien le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a dégusté Sugar Man! Physiquement impressionnant pour son âge, il affiche un corps solide, et son marcel noir nous laisse découvrir des épaules et des bras de charpentier.
Pour le reste par contre, c’est la désillusion : la voix de Sixto tremble, et grince plus qu’autre chose lorsqu’il essaie de monter dans les aigus, se calant entre celle d’un Père Fouras un soir de carnaval et une chèvre qui aurait fumé trop de cigares. Il ne joue pas en rythme, et semble participer à une compétition d’Air Guitar lorsqu’il tripote frénétiquement les cordes de son instrument, lâchant parfois le manche en plein milieu d’une chanson.. Entre chaque morceau, il se retourne vers son guitariste, apparemment le vrai leader de la soirée, sans que l’on sache vraiment si c’est lui qui décide des titres à jouer ou non.

On veut pourtant y croire, au retour de celui qui n’était jamais vraiment arrivé. Le public (nous y compris) est d’une bienveillance incroyable à son égard. Alors que clairement l’artiste n’a rien à faire sur un scène, encore moins derrière une guitare, la foule continue de l’encourager, les sifflets se faisant très rares. Par contre, un flux régulier de spectateurs quitte la salle.

Rodriguez and wine

On lui donnera au moins ça, le mec a toujours du style.

Et le miracle n’a pas lieu. Sixto rame. On ne comprend absolument rien à ce qu’il marmonne au public, que ce soit une blague sur des souris (!) ou un discours moralisateur sur la haine (référence au sentiment que le public, qui a dépensé 35 euros pour être là, serait légitimement enclin à ressentir à l’égard du chanteur?). Lui-même ne semble plus trop comprendre la raison de sa présence. Alors qu’il incarnait la dignité même dans le documentaire, il nous sort un « Vous savez, je suis un alcoolique »  avec une innocence gênante et un sourire béat. En même temps, on ne peut pas lui donner tort : il reprend du poil de la bête dès qu’il se met un verre de rouge derrière la cravate.

Même lorsqu’il s’attaque à ses morceaux les plus connus, Sugar Man en tête, on serre les dents, tant le rythme est hoquetant, tant sa voix, si posée sur les albums, sonne faux. Pour avoir écouté ses live en Afrique du Sud il y a 15 ans, on se rendait déjà compte qu’il était loin d’être à son aise sur une scène. Là, ça en devient terriblement embarrassant.
Deux choses nous évitent le désastre : les musiciens, qui couvrent les sons parfois atroces de la guitare de Sixto, et qui parviennent à nous enchanter avec les mélodies entrainante de ses titres. Et les deux reprises que le musicien nous offre : Blue Suede Shoes, de Carl Perkins, immortalisé par Elvis Presley, et Like a Rolling Stone, de Bob Dylan, chanteur avec qui le guitariste est souvent comparé. Et bien cela n’arrivera plus.

Si j’avais su, j’aurais pas venu.

Un concert décevant donc, qui en 1h15 (!) casse le mythe entourant le personnage, déjà écorné par les rumeurs entourant le documentaire : Rodriguez aurait en fait connu le succès bien avant l’Afrique du Sud, ce qui aurait été occulté afin de conserver le suspense de Searching For Sugar Man. Alcoolique, il n’aurait pas eu la carrière qu’il mérite parce qu’il n’en avait tout simplement pas l’envergure. Nous faisons pourtant parti des premiers fans de ses albums et de son histoire, en apparence si humble et incroyablement romanesque.

Rodriguez paris

Papi Vini Money

Au-delà de ce débat sans fin sur le pourquoi du comment de son absence de l’histoire musicale Américaine, ce concert laisse une véritable interrogation : est-ce l’artiste lui-même qui a insisté pour cette tournée, afin de s’offrir au monde une dernière fois en live avant qu’il ne tire sa révérence? Ce qui serait une décision confirmant l’image de générosité et d’attention qu’il a véhiculé jusque là. Ou n’est-ce qu’un ignoble coup marketing, une tentative de faire de l’argent sur le dos d‘un phénomène inattendu et d’un vieil homme trop gentil pour refuser?

On ne le saura probablement jamais. Mais après coup, on se dit que l’on aurait peut-être préféré garder l’image d’un homme mystérieux, dont le génie n’a été reconnu que trop tard. On ne retirera jamais l’immense classe qui se dégage de ses albums, pures produit de l’Amérique des années 60. Mais sans cette tournée (dont de nombreuses dates ont été annulées), Sugar Man le serait resté. Il n’est plus que Sixto Rodriguez, septuagénaire alcoolique, aveugle et musicien trop vieux pour ces conneries.

Pour oublier ce mauvais rêve, voici le Sugar Man original :

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