Only God Forgives, mais ça ne suffira pas.

À Bangkok, Julian dirige un club de boxe thaïlandaise servant de couverture à son trafic de drogue. Sa mère, chef d’une vaste organisation criminelle, débarque des Etats-Unis afin de rapatrier le corps de son fils préféré, Billy : le frère de Julian vient en effet de se faire tuer pour avoir sauvagement massacré une jeune prostituée. Ivre de rage et de vengeance, elle exige de Julian la tête des meurtriers. Julian devra alors affronter Chang, un étrange policier adulé par les autres flics.

Only God Forgives, Cannes 2013

 

Nicolas Winding Refn est l’un des cinéastes contemporain les plus en vue du moment, estampillé réalisateur culte en l’espace d’un film, Drive, sorti il y a deux ans. Dans ce film, il avait mis la barre très haute, en faisant d’une mise en scène ultra précise, d’un scénario épuré et d’une BO incroyablement bien pensée les trois axes d’une unité esthétique qui a marqué profondément un public dépassant largement le cadre des habitués de ses œuvres. Mis sur orbite à Cannes, Drive lui avait le prix de la mise en scène, et transformé Ryan Gosling, son interprète principal, en demi-dieu, fantasme interplanétaire et incarnation de la classe au masculin, et ce alors que le Canadien de 32 ans est acteur depuis ses 11 ans, et qu’il compte plus de 20 long métrages à son actif. C’est donc un euphémisme de dire qu’Only God Forgives était attendu par le public Cannois.

Only God Forgives ryan Gosling Nicolas Winding Refn

Nicolas et Ryan sur le tournage. On y voit Ryan sourire, ce qui n’est pas le cas dans le film

Seulement, on oublie trop souvent que Drive marque une différence avec le reste de la filmographie du Danois. Bronson et Valhalla Rising, ses deux précédents ouvrages, étaient d’abord des défis de mise en scène, qu’un scénario solide et des acteurs magistraux venaient ensuite sublimer. Drive faisait l’inverse, habillant un scénario simple mais ultra efficace d’un travail esthétique brillant et d’un sens du cadre millimétré.

Only God Forgives

Illustration de l’éclairage du film.

Où se place Only God Forgives ? Clairement dans la première catégorie. Car Refn pose ses cartes dès les 15 premières minutes : des personnages dont chaque parole semble le résultat d’un effort surhumain évoluent dans un monde d’ombres et de lumières, au choix tamisées, flashy, au néon ou probablement à la lampe de poche. Il semblerait également que le réalisateur de la trilogie Pusher ait pensé que l’unique expression faciale de Gosling suffirait à raviver le culte dont le chauffeur silencieux de Drive avait été l’objet. Sauf que cette fois-ci, il a oublié de l’associer à un scénario compréhensible.

Only God Forgives Cannes 2013

Ryan is ready to rumble

Si encore une fois c’est la vengeance qui se fait moteur de l’action, celui-ci n’est activé que par un seul personnage, celui de Kristin Scott-Thomas. Effrayante, elle incarne une mère démoniaque, probablement incestueuse, qui pousse son petit dernier Julian (Gosling donc) à venger la mort de son « premier-né », Billy, et ce par tous les moyens possibles. Or, on sent bien que Ryan n’est pas trop chaud d’aller tataner à tout va, lui qui semble déjà avoir du mal à maitriser ses pulsions destructrices, et qui préfère se concentrer sur sa relation amoureuse naissante (une prostituée mutique comme lui, ce qui a dû les rapprocher). Or sa maman en rajoute un couche en lui faisant du chantage affectif, si bien qu’il se sent obligé d’aller se castagner sévère avec le méchant du film.

Only God Forgives cannes 2013

Un film dont la bande-annonce est mieux que le long métrage

Le méchant parlons-en. Il est quelque peu inquiétant de voir que Refn est tombé dans des pièges plus que lourdingues de la mise en scène de films d’action. Comme s’il avait pris conseil auprès des réalisateurs de série Z Thaïlandaises. Vithaya Pansringarm, l’acteur qui incarne le policier véreux responsable de la mort de Billy, était terrifiant dans la bande-annonce. En particulier parce qu’il avait la tête de Monsieur-tout-le-monde, ce qui le rendait imprévisible (oui, il a toujours un katana sur lui). Or là, chaque fois qu’on le voit, le réalisateur en rajoute une couche, qui d’un ralenti tout sauf subtil, qui dans la démarche lourde, qui dans les regards fixes chargé de sens forcément profond, du genre « toi tu sais pas ce qui va t’arriver mais tu vas déguster sevère, en plus je suis un flic tu ne peux même pas porter plainte, donc tu vas voir ce que tu vas voir». Certains plans évoquent franchement l’amateurisme, comme si Refn avait estimé que les impératifs de la mise en scène ne s’appliquaient pas à lui.

Only God Forgives Scott Thomas Cannes 2013

Kristin Scott Thomas est décidément une femme sublime, même quand elle est méchante

Résultat, on assiste pendant une heure et demie à des interactions entre les personnages sans que l’on comprenne leurs motivations profondes. La vengeance n’est qu’une excuse, et c’est la violence pure, graphique qui devient le chef d’orchestre de ce film, souvent très beau, mais aussi vide de sens. Sans liens logiques entre elles, les scènes, dont on sent que chaque élément de lumière et de décor a été pensé, pesé et réfléchi, perdent une grande partie de leur impact. On se retrouve donc avec une suite sans saveur de plans mal achalandés, ce qui donne un sentiment de prétention désagréable de la part d’un metteur en scène qui s’est oublié en chemin. Dommage, car le cadre de Bangkok, la maitrise formelle de Refn et le charisme de Gosling, entre autre, promettaient un grand moment de cinéma. C’est raté.

Only God Forgives,
De Nicolas Winding Refn,
Avec Ryan Gosling, Kristin Scott-Thomas, Vithaya Pansringarm
Actuellement sur les écrans
Distribué par Wild Side et Le Pacte

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