Jodorowski’s Dune, le plus grand film jamais réalisé

En 1974, Alexandre Jodorowski a tenté de monter une adaptation, réputée impossible, de la série de roman de Franck Herbert, Dune. Réunissant autour de lui une équipe de génie du graphisme, du jeu et de la musique, il dépensera 2 millions de dollars, avant de devoir jeter l’éponge, le projet s’avérant hors de prix. Ce documentaire revient sur le plus grand film de SF qui n’a jamais été fait.

Jodorowski's Dune Cannes 2013

L’affiche de Jodorowski’s Dune

Alejandro Jodorowski est un être à part dans le monde du 7e art. Venu du théâtre classique, il embrasse à pleine bouche les mouvements psychédéliques et spirituels des années 60 et 70. Résultat : il réalise coup sur coup deux films complètement perchés, devenus cultissimes. El Topo en 1970, western métaphysique, où il incarne lui-même le personnage principal, un cow-boy vêtu de noir qui fera d’étranges rencontres sur son chemin, forcément sinueux. Et La Montagne Sacrée en 1973, une autre œuvre ésotérique, qui connaitra un certain succès, notamment en Europe.

El Topo

El Topo, 1970

Son producteur, Michel Seydoux (frère de Jérôme, actuel président de Pathé), lui propose alors de choisir le projet de son choix pour son prochain film. Jodo, comme il aime se faire appeler, a un égo démesuré. Il choisit donc d’adapter le roman culte de Science-Fiction Dune, de Frank Herbert. Qu’il n’a pas lu d’ailleurs. Commence alors une aventure insensée, que nous narre superbement ce documentaire de Franck Pavich.

Projet pharaonique, l’aventure Dune durera deux ans. Deux années passées entre Londres, Paris, Los Angeles et Barcelone, où les guerriers de Jodo (les membres de l’équipe qu’il a réuni autour de lui) se vouent corps et âme à ce que le réalisateur ambitionne comme le plus grand film de tous les temps, une œuvre prophète qui changera le regard du spectateur qui la verra sur le monde.

Moebius

Jean Giraud, ou Moebius, le premier des Guerriers

Le premier de ces guerriers, c’est Moebius, aka Jean Giraud, un dessinateur Français qui vient alors de sortir un Blueberry qui marquera Jodo (et la Bande Dessinées Française). À deux,ils mettent au point un storyboard intégral du film à venir, et parviennent, avec le soutien inconditionnel de Michel Seydoux, à réunir petit à petit un équipe éclectique de jeunes talents. Dan O’Bannon, responsable des effets spéciaux du Dark Star de Carpenter, ou H.R.Giger, artiste plasticien sombre qui remportera plus tard un Oscar pour son travail sur Alien (c’est lui qui a dessiné les monstres).

Jodorowski's Dune

L’un des visuels du film, dessiné par HR Giger

Pour la musique, Jodorowski veut engager un groupe par planète présente dans le scénario (!!!). Il rencontre à Abbey Road les Pink Floyd, alors en pleine finition de Dark Side of the Moon, qui acceptent le challenge. A Paris, il parvient à s’assurer, entre autre, la collaboration du groupe undergroud Magma.

Mais le véritable exploit de Jodo et ses guerriers tient au casting : le réalisateur souhaite faire jouer à son fils Brontis, 12 ans (!) le rôle de Paul Atreïdes, le héros de l’histoire. Pour cela il engage un spécialiste des arts martiaux afin de faire subir à son fils un entrainement quasi-militaire. Le chilien réussit également à convaincre Orson Welles, David Carradine, Mick Jagger, Amanda Lear et surtout Salvador Dali de participer à l’aventure !

Chris Foss Cannes 2013

Chris Foss, dessinateur de Science-Fiction britannique, a aussi participé au projet

Vous vous dîtes surement « mais pourquoi nous raconte-t-il tout le film ? » Parce qu’il y a tellement d’autres choses dans ce documentaire qu’un méga teasing ne fait que vous mettre l’eau à la bouche. D’abord, Jodorowski lui-même, longuement interviewé, et qui vous explique les acrobaties dont il a dû faire preuve pour convaincre tout ce beau monde de se réunir derrière le projet. Ensuite, le matériau réuni par l’équipe est tel que les illustrations, dessins, photos, et autres costumes montrés à l’image nous permettent de nous faire une idée assez claire de ce que le design général du film aura pu être. Frank Pavich a même l’ingénieuse idée de faire des maquettes 3D des dessins grandioses de Moebius.

Jodorowski's Dune Cannes 2013

Jodorowski, l’un des costume du film, et Jean Giraud

Le film n’a jamais vu le jour, pour des raisons qui sont clairement définies à la fin de ce film. Nicolas Winding Refn, qui témoigne à plusieurs reprises dans le document, certifie que si Dune avait vu le jour, il aurait profondément changé l’histoire des blockbusters (nous sommes en 75, Star Wars sortira en 77).
Mais on ne peut s’empêcher de remarquer deux choses : d’une part, même si les documents préparatoires du film étaient légions et que les choses semblaient s’annoncer très bien pour le tournage, il y a une forte probabilité que le projet ne capote une fois la production réellement lancée, ne serait-ce qu’à cause des stars associées au projet, réputées très très difficiles, et qui n’auraient pas hésité à quitter le navire en cours (Salvador Dali et Orson Welles étant spécialiste de piratages du genre). Surtout, le projet était peut-être bien plus impressionnant à l’état de projet qui influencera la SF jusqu’à aujourd’hui (on retrouve des éléments de Dune dans le Prometheus de Ridley Scott) que s’il était devenu un film. Nous sommes dans les années 70, et les effets spéciaux et visuels étaient très loin de ce que l’on peut faire aujourd’hui. Un rêve fou vaut probablement mieux qu’une réalité tronquée. Rien que pour entretenir ce rêve, il faut voir ce documentaire.

[Mise à jour du 4/9/13] Petite mise à jour concernant la sortie du film : la veuve de Moebius, qui avait donné son accord pour l’utilisation du storyboard qu’avait réalisé Jean Giraud (et qui constitue la base de ce documentaire) a changé d’avis. la plainte qu’elle a porté devant les tribunaux bloque donc la sortie du film. Nous vous en dirons plus lorsque l’affaire sera résolue..)

Jodorowski’s Dune,
Documentaire de Franck Pavich
La Quinzaine des Réalisateurs
Sortie Française non-définie
Distribué par Caméra One

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