Django Unchained : Tarantino’s Lonesome Cow-Boy

Django est un esclave que libère un chasseur de prime allemand, le Dr King Schultz. Ensemble, ils s’associent dans la poursuite de bandits recherchés, avant que Django ne file sauver sa dulcinée, Broomhilda, esclave du terrible proprietaire terrien Calvin Candie. King Schultz décide de l’accompagner.

L’un des visuel du film

Les films de Quentin Tarantino ont le succès qu’on leur connaît parce que leur essence même est un mélange de cool ultra-référencés, des dialogues fouillés, soignées et très originaux,  une esthétisation de la violence, et un ensemble porté par des acteurs en général au sommet de leur art.

Black Cow-Boy

Django Unchained, incursion de l’encyclopédie vivante qu’est le réalisateur dans le genre du western (genre qui traverse toute son œuvre depuis ses premiers scénarios, True Romance et Tueurs-nés) est donc un film extrêmement attendu, en particulier par des fans comme nous le sommes. Quelle n’a pas été notre surprise alors de découvrir ce film, probablement la déception de l’année, tant nos attentes étaient, il est vrai, atmosphériques.

Where is QT?

Django Unchained se démarque de beaucoup des œuvres passées de QT : c’est ce que nous essaierons de voir dans cette critique qui, pour une fois, fera la part belle aux spoilers, tant nous essayons de creuser pour mieux expliquer notre désappointement. Il n’est donc pas conseillé de lire les lignes qui suivent si vous ne voulez pas connaitre les rebondissements qui ponctuent  ce film de 2h45.

Un récit trop classique?

Pulp Fiction(s)

Dans la structure narrative de ses films, Tarantino est un habitué du récit déconstruit : Pulp Fiction raconte trois histoires qui s’entremêlent, mais choisit de les aborder une à une, délaissant la chronologie (le héros de la troisième histoire meurt au cours de la deuxième) au profit de l’unité de chacune des histoires. Dans Kill Bill, Uma Thurman tue ses adversaires dans le désordre, choix du réalisateur qui s’explique avec moins d’évidence que pour sa Palme d’Or. Dans Boulevard de la Mort, il reste chronologique, mais joue sur deux récits miroirs qui s’enchainent mais finissent par s’opposer : des femmes sont harcelées par un chauffeur fou qui s’amuse d’abord avec ses futures victimes. L’issue de la confrontation ne dépendra que du caractère des filles, qui inverseront les rôles à la fin du second récit. Dans Inglourious Basterds, il ponctue son récit de courtes illustrations du passé (il refuse le terme flash-back, et on est plutôt d’accord avec cela), notamment en ce qui concerne le personnage d’Ugo Stiglitz. Il choisit de plus de multiplier les intrigues et les personnages. Cette façon de personnaliser la façon de raconter des histoires fait partie intégrante du « style Tarantino ». 

Buddy Movie

Dans Django, il fait le choix d’un récit linéaire centré sur deux personnages, Django et le Dr Schultz. Le problème c’est que ces derniers évoluent bien peu en regard de la durée du film, et encore!, de façon peu subtile. Django est d’abord un esclave qui saisit l’incroyable opportunité de liberté que lui offre le chasseur de prime Allemand, avant de pousser ce dernier, par humanité et en suivant son sens de la justice, à l’accompagner délivrer celle qu’il aime. Contrairement à ses récits précédents, Tarantino ne développe pas beaucoup plus que cela ses personnages, ce qui nous laisse sur notre faim. On pourrait passer là-dessus, mais le reste du film contient d’autres mauvaises surprises.

Une violence sans véritable style.

Là où il sublimait l’action et la violence dans ses précédentes œuvres, créant un véritable rite autour de cela ( l’oreille coupée dans Reservoir Dogs, la scène de viol de Marcellus et la libération vengeresse de Butch dans Pulp Fiction, les chorégraphies meurtrières dans Kill Bill, ou encore l’exécution des dignitaires nazis, leur scalps et l’inscription sur leur front d’une croix gammée dans Inglourious Basterds,  ), il ne parvient pas à faire décoller les scènes de son nouveau film.

On ne retrouve pas la maitrise d’Inglourious Basterds

Dans Django Unchained, les assassinats sont soit de la pure violence même pas très belle (les fusillades à la fin, étrangement sans dimensions particulières), ou au mieux ponctuées de phrases chocs un peu faiblardes ( » I Like the way you die boy« ) ou de plan pseudo symbolo-poétiques (le sang sur le coton dans les champs). On est très loin de la stylisation de la violence de jadis, et il est très étonnant que Tarantino se soit abaissé à faire le minimum syndical!

Kill Bill

Dans Kill Bill, QT sublimait et synthétisait les combats de sabres des nombreuses séries B auxquelles il rendait hommage. On s’attendait à ce qu’il en fasse de même dans Django, avec d’homériques échanges de tirs entre cow-boys badasssss. Mais non. On arrive même à retrouver d’improbables fusillades entre un Django seul et à peine à couvert, et une bonne dizaine de portes flingues qui finiront pour la plupart criblés de balles. Si la Tarantino’s touch se résume aux explosions d’hémoglobine à chacun des impacts de balles, c’est encore une fois un peu faible.

Des personnages sans plus

Là-dessus, les personnages sont très inégaux. Jamie Foxx est impassible du début à la fin. Le Dr Schultz, joué par un Christopher Waltz qui est pourtant toujours impeccable, rappelle énormément le Hans Landa d’Inglourious Basterds. Kerry Washington est le personnage féminin le plus mou de toute la filmographie de Tarantino. Seuls Leonardo DiCaprio, qui pourtant ne parvient pas souvent à nous toucher , et surtout Samuel L. Jackson donnent une dimension potables à leurs personnages, qui eux au moins sont originaux. D’ailleurs, il y avait longtemps que l’on avait vu l’acteur favori de Tarantino jouer un rôle aussi jouissif!!

Bad Motherfucker

Bref, nous avons été déçus par ce nouvel opus, qui figurait en très bonne place dans nos films les plus attendus de l’année.
Saluons tout de même une BO toujours aussi impeccable. Là au moins on retrouve les choix très éclectiques du réalisateur, entre des classiques du film de western et des morceaux efficacement anachroniques.

Il faut savoir mesure conserver

2e Golden Globe pour Christopher Waltz dans un film de Tarantino

Nous posons tout de même deux limites à notre critiques, que nous avons basés sur ce que nous avons vu (et donc sans se blinder de lectures sur le sujet auparavant.). Tarantino est connu pour truffer ses films de références aux films du genre auquel il rend hommage. En l’occurrence ici, les westerns spaghettis, en particulier ceux de Sergio Leone et de Sergio Corbucci, pour ne citer que les principaux. Il est évident que si nous maitrisions bien mieux les œuvres de ces deux réalisateurs, le film aurait pris une autre dimension. Seulement, sans références particulières, nous avions su apprécier la majorité des films précédent, justement parce qu’ils dépassaient ces références pour devenir des œuvres à part entière. Il est dommage de se dire que l’on n’apprécie pas pleinement un film parce que l’on n’a pas vu la cinquantaine de westerns-modèles qu’il aurait fallu voir.

La seconde limite tient au fait que, comme le bon vin, les films de Tarantino s’apprecient avec le temps. Boulevard de la Mort nous avait déjà laissé sur notre faim lors de sa sortie au cinéma (trop de blabla cinematogrpahico-pop, trop peu d’action), pour finalement s’avérer être un bon cru lors de la seconde vision, quelques mois plus tard en DVD.

Qt et son Golden Globe du meilleur scénario, remporté le 13 Janvier 2013

Au final,on se demande si le problème de Tarantino n’est pas justement qu’il suscite trop d’attente de la part de ceux qui l’adulent. Le public (et nous en faisons partie !) a tendance à regarder ses films à l’aune de ses créations précédentes. Aussi, lorsque le réalisateur choisit de jouer avec ses propres règles, il perd une partie de son auditoire. Nous nous sommes fait avoir sur celui-ci, nous serons plus vigilant pour le prochain !

Django Unchained, de Quentin Tarantino. avec Jamie Foxx, Christopher Waltz, Leonardo DiCaprio, Samuel L. Jackson et Kerry Washington.
Sortie le 16 janvier 2013.

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2 réflexions sur “Django Unchained : Tarantino’s Lonesome Cow-Boy

  1. Je l’ai vu cette semaine et je suis d’accord. J’ai également trouvé que l’humour était moins subtil qu’à l’accoutumée. En revanche, je dirais que Dicaprio, non pas étonnamment mais comme toujours!! ;-), sort du lot. Affaire à suivre en DVD avec un peu de recul et quelques films spaghettis (re)découverts…

  2. Ping: Nominations aux César 2014 | cinemoustache

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