Le Grand Soir, l’humanisme du punk à chien

« Ils sont fous« , « Ils sont encore bourrés« , « Ils ne s’arrêtent jamais« .. Ils, se sont les quatre compères responsables du Grand Soir : Benoît Poelvoorde, Albert Dupontel, et leurs deux réalisateurs Grolandais Benoît Delépine et Gustave Kervern. Ces commentaires, et bien d’autres, je les ai entendu à Cannes, où ils étaient venus présenter leur film dans la section Un Certain Regard, d’où ils sont d’ailleurs revenus avec un Prix Special du Jury. Je vous disais dans mon journal de Cannes la façon dont la projection s’était déroulée : topless de Kervern, menaces bon enfant contre les enfants de Tim Roth, qui ne leur en a apparemment pas tenu rigueur, standing ovation de 6 minutes, etc..

Un film dont le récit du tournage et de la promotion est aussi plaisante que le film

Je n’ai pas assisté à la soirée donnée en l’honneur du film le soir même, mais d’aucuns affirment que ce fut LA soirée de la Croisette cette année. Un concert des Wampas, des hot dogs et de la Bavaria 86 (repas de punk à chien) , et surtout un buzz qui a attiré toutes les stars Françaises présentes au festival ce jour là : Jean Dujardin, Alexandra Lamy, Jeremy Rénier…
Grosse soirée pour un buzz qui faisait suite aux exploits de Kervern sur le tapis rouge avec Alec Baldwin, et pendant le photocall de Brad Pitt. Pas de soucis donc, avec des zigotos pareils, vous ne pouviez pas ne pas entendre parler du film. Mais la vraie question est : que vaut le film?

Poelvoorde et Dupontel, frères de bière

L’histoire d’abord : Benoît, qui veut que tout le monde l’appelle Not (Benoît Poelvoorde), est le plus vieux punk à chien d’Europe. Il décide un jour de venir s’installer sur la zone commercial où vivent ses parents, propriétaires d’une Pataterie (Areski Belkacem et Brigitte Fontaine) et où travaille son frère, Jean-Pierre Bonzini, vendeur de matelas-marié-un-enfant-une-voiture (Albert Dupontel).  Je ne vous raconte pas la suite, car elle n’est pas vraiment importante. Les deux frères vont se découvrir et s’entraider, le tout dans une ambiance de folie-douce rafraichissante.
Ce qui l’est en revanche, c’est la rencontre entre tous ces protagonistes et une galerie de personnages tous plus barrés les uns que les autres (un syndicaliste qui vit dans sa voiture, un gardien humaniste, un voyant à bonnet péruvien qui lit l’avenir dans les verres de saké, etc..). L’autre enjeu est la confrontation entre le duo Poelvoorde/Dupontel et la société de consommation, incarnée ici par l’hostile grande surface du coin.

De la même façon que dans Mammuth, c’est en effet dans les rencontres que la dimension du film prend tout son sens. Car Le Grand Soir est bien une succession de saynètes, en majorité touchantes ou drôle, qui ne forment pas vraiment un film, mais plus une succession de petits épisodes d’une série très courte. Bien sûr, on suit l’évolution de la carrière de Jean-Pierre, qui finira dans la rue et se rapprochera de ce frère au final pas si différent. Mais pensez, lorsqu’un duo aussi talentueux que Poelvoorde et Dupontel rencontre successivement Brigitte Fontaine, Gérard Depardieu, Yolande Moreau, miss Ming, Noël Gaudin, Bouli Lanners, et une tripotée d’anonymes qui semblent tout droit sortis d’un épisode du Groland, tous incarnat des personnages plus improbables les uns que les autres, on ne pense plus au fil rouge de départ, que les deux réalisateurs semble d’ailleurs eux-même parfois oublier.

Didier Wampas, le troisième frère

On se demande souvent où on va, puis on se dit au final que ça n’est pas ça l’important. On rit, on est touché par un duo d’acteurs principaux qui pour une fois ne gesticulent pas pas dans tous les sens toutes les 30 secondes. Benoît Poelvoorde est touchant dans le rôle de ce SDF humain, ne voulant que du bien à son Dupontel de frère, qui incarne à merveille ce bonhomme paumé dans la vraie vie mais qui trouve vite sa liberté dans la marginalité. Le plaisir et l’émotion sont  diffus d’abord, puis nous envahissent en douceur au fil du temps.Au final, ce grand soir tant attendu par les deux frères n’aura pas d’importance : avec eux nous avons redécouvert l’Homme et sa bonté, l’ensemble de ces petites solidarités et intentions des uns envers les autres. On sort de là rassuré sur l’humanité.

Le Grand Soir, sorti le 6 juin sur les écrans de France et de Navarre

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s