Baudelaire nous botte le derrière !

Cachés sous de grands draps blancs, les comédiens attendent. Les spectateurs discutent, échangent puis peu à peu se taisent ne voyant pas la pièce commencer. Ils s’interrogent alors sur cet interrupteur placé au milieu de la scène. Après quelques minutes d’hésitation, un téméraire se lance et l’allume. Le spectacle peut alors commencer…Sous les toits de Paris, un grenier rempli de milles trésors, d’objets sans âge et sans valeur. Parmi eux, les comédiens piochent chapeaux, capes et gilets pour changer d’apparence et incarner un nouveau personnage à chaque poème. Leurs costumes évoluent en même temps que le décor. Un grand portant métallique adaptable à souhait permet en effet de modifier et d’adapter l’espace scénique en fonction des textes. Tantôt vitrine d’un café, tantôt fenêtre d’une chambre de bonne, parfois même rideau derrière lequel évoluent des ombres chinoises, le portant crée et défait sans cesse l’espace de jeu. De cette ingénieuse mise en scène se dégage une grande créativité et parfois même un peu de magie

En cet espace, quatre comédiens talentueux. Chacun d’entre eux se fait le narrateur et le protagoniste des poèmes du « Spleen de Paris ». Tour à tour, mendiant, passant, courtisane, ils mettent en scène et en lumière les exclus et les marginaux que Charles Baudelaire décrivait si bien. Des voix esseulées, pauvres ou enivrées au milieu du Paris du siècle dernier. Des dialogues ou des monologues déclamés avec force et vigueur. Les comédiens jonglent habilement avec les textes de Baudelaire sans rien leur faire perdre de leur beauté, de leur force évocatrice et de leur universalité. Un brin de nostalgie et beaucoup de poésie se dégagent de la pièce. Une pincée d’humour aussi et finalement une magnifique ode à la vie, à « l’ivresse », un cri,  qui trouvera écho en chacun de nous et continuera de résonner bien après que le rideau soit tombé.

Un spectacle touchant et ingénieux qui ne cesse d’évoluer. Un parti pris artistique fort et un engagement poétique par lequel le spectateur est immédiatement happé. Le talent et le professionnalisme des jeunes acteurs de la troupe permettent de donner à la pièce et à la mise en scène toute leur puissance. Tous issus du Théâtre des Bouffes du Nord, ils sont aujourd’hui réunis en un collectif de création théâtrale, la Compagnie Qui, en résidence au théâtre Comme vous émoi de Montreuil.

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