Holy Motors, le génie de Mr Oscar.

Léos Carax  n’a jamais fait dans la mesure, rappelez vous du fiasco cataclysmique des Amants du Pont Neuf. Cette année, il a décidé de marquer son retour à Cannes, 13 ans après Pola X. Comme à son habitude, il n’y va pas avec le dos de la cuillère, et nous livre tout simplement le chef d’œuvre de cette sélection officielle, Holy Motors.

Léos Carax, réalisateur de Holy Motors

Jeu de rôle

Poster de Holy Motors

Mr Oscar commence sa journée en rejoignant la limousine que conduit sa fidèle Edith. Les neuf rendez-vous qu’il a dans la journée vont s’enchaîner au rythme des transformations de cet homme, acteur ou divinité, on ne le saura jamais. Tour à tour mendiante, tueur, père de famille ou encore gnome immonde amateur de femmes, nous traverserons avec lui Paris, mais aussi la filmographie de Carax, qui nous interroge sur l’Acteur et le Cinéma avec une liberté de ton à la limite de l’insolence, tant elle est maîtrisée.

Holy Motors, c’est avant tout Denis Lavant, qui incarne ce Mr Oscar multiforme. Le rôle est en or, puisqu’il fait appel à une palette de jeu riche et puissante, que transcende le double du réalisateur, lui qui a joué dans la quasi-totalité de ses films (sauf Pola X). Impressionnant acteur, qui connaît ici son meilleur rôle, tour à tour émouvant, drôle, effrayant, touchant, qui nous entraine dans sa folie sans jamais nous laisser y sombrer avec lui.

Denis Lavant, prix d’Interprétation obligatoire pour Holy Motors.

Mr Oscar est un personnage qui n’a pas de vie, ou qui plutôt en incarne une multitude. Métaphore de l’acteur, sorte de Dieu qui fait le bien ou le mal dans l’entourage des personnages qu’il incarne, sans jamais que cela ne semble avoir de conséquence sur lui-même, ce rôle schizophrène nous montre aussi la difficulté de vivre sa vie à travers celle des autres, Mr Oscar se réveillant homme d’affaire richissime le matin, pour se coucher père de famille de banlieue le soir, sans exister autrement qu’au travers de ces « rendez-vous » qui parsèment sa journée.

La rencontre Lavant-Minogue, hommage aux Amants du Pont Neuf

Mais ce voyage en limousine ne se limite pas à la seule gloire de l’acteur. Carax en profite pour (re) visiter son cinéma. Mr Oscar, c’est également lui (le vrai nom de Carax est Alexandre Oscar Dupont de Nemours, et LéOS CARax un anagramme partiel de celui-ci), et les hommages à la filmographie de l’auteur sont légions : on retrouve le Pont-Neuf, le personnage de Mr Merde, présent dans le segment du film Tokyo ! réalisé par Carax, et une sublime scène de retrouvailles d’anciens amants, non pas sur le Pont Neuf cette fois-ci, mais dans les magasins vides de La Samaritaine. Le rôle de la jeune femme retrouvée échoit à une Kylie Minogue divine dans ce court rôle (hommage à la Nouvelle Vague), mais avait été proposé à Juliette Binoche, ce qui ne laisse aucun doute sur les ambitions de Carax.

Mr Merde, fuyant dans les égouts de Paris

Ce voyage dans le 7e Art est d’une densité impressionnante. Comme Mr Oscar qui vit plusieurs vies dans la même journée, Carax, qui semble en entamer une nouvelle avec cette œuvre, réalise plusieurs films en un. Pour chaque « rendez-vous » il nous balade de sa maîtrise de l’espace, de la lumière, des sons, des corps. D’un ballet érotique en motion capture à une fuite dans les égouts, d’un échange entre un père et sa fille à un intermède musical inattendu mais vivifiant, Carax ne se laisse jamais enfermer dans des codes établis, et, mieux, fait preuve d’une liberté tout bonnement affolante. Le réalisateur aurait pu nous perdre dans sa tentative de ne jamais se laisser enfermer, mais son génie s’exprime lorsqu’il nous récupère en douceur, par le rire, la peur, l’émotion, ou la virtuosité de sa caméra.

Ne cherchons pas d’explication particulière à Holy Motors, car, comme le dit Mr Oscar lui-même, il ne fait cela que pour la « beauté du geste ». C’est réussi, car s’il y a parfois trop de choses dans cette oeuvre boulimique, il y en a bien suffisamment pour nous rassasier de ce cinéma que l’on espère voir plus souvent. C’est une Palme d’Or de cœur dans une sélection Cannoise 2012 qui ne s’est que moyennement élevée.

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2 réflexions sur “Holy Motors, le génie de Mr Oscar.

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