Tim & Jo ne font plus d’étincelles : Dark Shadows

Comment ça je suis ENCORE tout pâle?!

Deuxième étape de « l’année Tim Burton » , aprés son exposition à la Cinémathèque et avant la sortie de Frankenweenie en octobre, Dark Shadows est arrivé hier sur les écrans. Adaptation d’une série comico-horrifique anglo-saxonne diffusée de 66 à 71 aux États-Unis, elle marque le retour de la collaboration entre le réalisateur et sa muse, Johnny Depp.

Burton/Depp, une paire qui marche depuis plus de 20 ans

Un tandem qui commence à se rouiller

Le sujet du film semblait pourtant prédestiné au réalisateur de Sleepy Hollow et de Mars Attack : Barnabas Collins, aristocrate Anglais venu faire fortune avec sa famille dans les États-Unis de la fin du XVIIIe siècle est transformé en vampire par la sorcière qui ne parvient pas à s’en faire aimer. Il se réveille 2 siècles plus tard, en pleine période hippie, obligé de continuer la lutte avec ladite sorcière pour sauver le commerce familial.

Sorcière, vampire, maison  gothique aux nombreux passages secrets, mais aussi personnages hauts en couleur, famille dysfonctionnelle, petit village du Maine sur lequel n’aurait pas craché le Hitchcock des Oiseaux… Sur le papier, Burton est chez lui.

Mais plutôt que de transcender son sujet, le réalisateur semble s’être reposé sur ses acquis, certes de qualité, sans chercher à insuffler une énergie nouvelle à son œuvre.L’illustration la plus visible de cette fainéantise, c’est tout simplement Johnny Depp. D’abord parce que Tim et Johnny se connaissent par cœur : nul besoin donc de se fatiguer à chercher à se comprendre, on est ici en pilote automatique.
Ensuite parce que Johnny Depp est un excellent Barnabas. Quel est le problème me demanderez-vous, et vous auriez raison. Je m’explique : le personnage trouve toute sa dimension dans le décalage entre son éducation et son comportement, tout deux vieux de 200 ans, et cette période Hippie qui a bouleversé la jeunesse des années 60 et 70. Présent dans la majorité des plans, Depp s’en donne donc à cœur joie dans la quasi-caricature du vampire des films des années 40 et 50. La présence de Christopher Leedans une courte scène ne trompe personne sur l’hommage rendu à l’un des Dracula d’origine.

Mais justement, le mauvais coup de Burton, au-delà de remettre une couche de blanc sur le visage de Johnny, lui re-cerner les yeux, le ré-habiller de noir et de dentelles et de lui dégotter une coupe de cheveux qu’il n’avait pas encore essayé, c’est que son vampire vampirise tout! Les autres personnages sont effacés derrière la performance de l’acteur, leurs place dans le scénario maltraitée par celle de Barnabas. Seule la sublime Eva Green tire son épingle du jeu, dans le rôle d’Angelique la sorcière (pas la première fois non plus). Mais là encore,  justement parce que son personnage est le moteur de celui de Johnny Depp. Chloë Moretz, Michelle Pfeiffer, Johnny Lee Miller, Jackie Earle Haley et dans une moindre mesure Helena Bonham Carter (parce que c’est la femme de Burton?), tous évoluent dans l’ombre du vampire. Cela est d’autant plus dommage qu’ils semblent en avoir conscience et se démènent comme des diables pour essayer d’exister.

Pire, quand ça n’est pas Barnabas qui les étouffe de sa présence, c’est le scénario qui s’en charge. En effet, alors que certains d’entre eux disparaissent tout simplement de l’écran pendant 45 minutes, les revoilà soudain un quart d’heure avant la fin du film, le scénariste s’étant probablement rendu compte du déséquilibre du récit. Et qu’il nous expédie, pour le quota, un enchainement de rebondissement dans le final, auquel malheureusement nous avons beaucoup de mal à croire. Cette soudaine tachycardie des événements nous affole, nous qui nous étions habitués au rythme pépère des scènes, qui se succèdent tranquillement, à l’image du train se promenant dans les bois lors du générique du début.

Une déception, mais quelques bons moments

Heureusement quelques très bonnes choses parviennent à nous intéresser. Les dialogues, efficaces, parfois très drôles, ce qui n’est pas toujours le cas chez Burton, fonctionnent bien.Principalement grâce au phrasé très aristo de Barnabas, et sa perplexité face aux mœurs modernes.

Les costumes et surtout les décors sont magnifiques, en particulier le petit village de Collinsport, ses falaises et ses forêts.Comme d’habitude chez Burton, le cadre est un personnage à part entière de l’ambiance et de l’histoire.

Le vrai bon choix du film réside dans la BO : The Carpenters, Alice Cooper, Iggy Pop, Danny Elfman (quand même, après tout, c’est un Burton!), le magnifique « Night in White Satins » des Mooldy Blues, et même un morceau de Johnny lui-même! Des grands classiques fin 60’s/début 70’s, qui collent parfaitement à l’ambiance générale.

Quelques scènes enfin relèvent un peu le niveau, notamment lorsque l’on retrouve Barnabas en train de dormir dans les lieux les plus incongrus du manoir, ou le très bien fait fantôme de Josette, premier amour du vampire. De bonnes petites idées complètent le tableau, comme le jeu sur la musique diégétique lorsque Barnabas s’effondre sur le piano, ou les difficultés de se brosser les dents pour un vampire sans reflet dans le miroir.

En conclusion, Dark Shadows divertit, fait parfois rire, mais on attend bien plus que cela de la part de Tim Burton. Aurait-il atteint les limites de son credo, les monstres sombres mais sympathiques? On se demande en tous cas s’il ne devrait pas chercher à explorer de nouvelles facettes de son univers, comme il l’avait fait avec Big Fish en 2003, suite à son dramatique La Planète des Singes.
Peut-être serait-il temps également pour lui de mettre entre parenthèse sa collaboration avec Johnny Depp. Si l’acteur parvient lui à intégrer avec talent d’autres univers (Pirates des Caraïbes, Rango, bientôt The Lone Ranger)il devrait pousser  le réalisateur à faire de même.Vus ses nouveaux projets (Pinocchio, Notre-Dame de Paris, Monsterpocalypse..) il semble que Burton n’ait pas en tête de s’éloigner de l’enfance et du monstre..
Dark Shadows est un peu à l’image du Alice Cooper qui fait une apparition dans le film : un objet culte mais fatigué, qui s’intègre de façon un peu bancale dans un univers usé. Le talent est là, mais il ne suffit plus. A voir si cela relève du simple accident de parcours en octobre avec Frankenweenie.

Pour vous quand même, la bande-annonce :

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3 réflexions sur “Tim & Jo ne font plus d’étincelles : Dark Shadows

  1. Je suis assez d’accord, même si je pense que c’est un constat qu’on peut faire depuis plusieurs films déjà. Je trouve que celui-ci, sans atteindre la poésie d’un Edward aux mains d’argent, remonte un peu le niveau général de ces dernières années.
    Espérons en tout cas que Burton ne tombera pas aussi que Woody Allen…

    • C’est vrai qu’Alice et Charlie perdaient déjà de la patte Burton. A croire qu’il s’y était attelé simplement parce que son univers personnel pouvait facilement s’exprimer dans ceux de Dahl et de Carroll. Un peu comme c’est le cas ici avec l’univers très « Ed Wood » de la série Dark Shadows. Mais j’ai l’impression qu’il commence à tourner en rond, avec ses monstres et Johnny Depp. C’est dommage parce que Big Fish était très bien! Espérons, comme tu dis, qu’il ne se repose pas trop sur ses acquis et répète à l’infini la même histoire..

  2. Ping: C’est la fin, le culte décontracté | cinemoustache

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